Avocat  en vue au Mali, maître Mahamadou Konaté a fondé une association, TIC du Droit qui s’attache à utiliser les nouvelles technologies pour faire avancer le droit au Mali. Des avancées technologies qui ne vont pas sans risques pour les droits individuels.

Pour vous parler franchement, j’ai deux téléphones sur mon bureau, mais j’en ai six autres dans mon tiroir”, annonce maître Konaté. “En République du Mali, on a aucune assurance sur le recueil des informations qui passent par mail, texto ou téléphone”, avance-t-il. “Les écoutes ne sont quasiment pas réglementées, du coup chacun a son petit 06 en République du Mali.” Comprendre un téléphone français. qui sert à appeler discrètement “un Malien au Mali”, via le réseau français. “Chaque fois que quelqu’un tombe, c’est sur la base d’écoutes”, prévient-il.

Du coup, certains Maliens sont méfiants vis-à-vis des nouvelles technologies. Beaucoup de haut fonctionnaires ne répondent plus aux mails de peur de les voir détournés, même chose pour les textos. Et le Mali a aussi eu le droit à ses scandales, comme ces photos de nue d’une jeune malienne par un ex-petit ami rejeté qui ont circulé sur les téléphones portables et sur internet. Ces affaires sont encore peu présentes devant les tribunaux maliens mais qui le seront “de plus en plus”, prédit l’avocat.

Une meilleure transparence permet de lutter contre la corruption

Mais Mamadou Konaté préfère s’attarder sur les avancées qu’ont permis les nouvelles technologies. Selon lui, elle permettront aux gens d’accéder au droit beaucoup plus facilement. Et pas seulement au niveau national : “Cela nous permet d’aller dix fois plus vite, d’avoir accès à des décision d’autres pays, comme la jurisprudence française, même si ça a un coût important.” Cet élargissement de vue permet d’avancer des solutions à certains cas.

J’ai la possibilité de m’adresser à 10 000 personnes en même temps et qui peuvent m’aider à démêler un point de droit si besoin. Nous ne sommes plus dans un contexte de droit exclusivement malien, poursuit-il. On peut aller chercher des réponses dans d’autres pays et donc de faire évoluer le droit malien”. Dans certains cas, cet élargissement de vue a permis de faire modifier des lois maliennes. Souvent, il s’agit de lois liées au droit des affaires. Mais dans les faits, se sont justement celles qui permettent ou pas la corruption. Ainsi c’est après des pressions publiques de la part notamment de légistes que le code des marchés publics au Mali a été modifié. Pas encore suffisament, estime maître Konaté, “mais c’est déjà une avancée”.

Et ces petites avancées se combinent les unes aux autres, permettant davantage de transparence dans un pays où l’état de droit reste en construction. Il y a quelques années, un poste de vérificateur général des comptes publics a été créé. Il diffuse tous ces rapports publiquement sur Internet. Là où ces informations étaient autrefois uniquement dans les mains des pouvoirs publiques, elles sont désormais en ligne ce qui pousse au débat public. “Désormais, avec internet, quand une affaire sort au grand jour, les personnes concernées et les pouvoirs publiques sont obligées de répondre. Et le débat se fait.”

Antonin Sabot (blog Africascopie)
22 octobre 2009

http://www.mali-ntic.org/index.php/toutes-les-ressources/499-8220-internet-accentue-la-pression-contre-la-corruption-8221

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