L’actualité de ces derniers jours, nous oblige à jeter un regard désormais triste sur ce qu’est la pratique démocratique d’un pays à un autre…

Voici donc l’autre aspect de l’actualité internationale qui nous a également tristement interpellés.

Le Président nigérien Mamadou TANDJA du Niger, a, le 5 mai dernier à Agadez, en marge de la cérémonie de lancement des travaux du gisement d’Imouraren dit ne plus pouvoir « rester insensible à l’appel du peuple » au sujet de la possibilité pour lui de se représenter pour un troisième mandat. Le président nigérien qui est à la fin de son second et dernier mandat présidentiel, au sens de la constitution de son pays, n’exclut désormais pas de recourir à la consultation populaire pour, dit il, directement poser la question au peuple de l’autoriser à briguer un troisième mandat, puis un quatrième pourquoi pas un cinquième à vie…
Il faut le dire pour le déplorer, la question du renouvellement des mandats présidentiels au-delà des termes légaux se pose de plus en plus dans de nombreux pays de notre continent et de la sous région.

Avancée ou un recul démocratique ? Les analystes ne manqueront pas de s’exprimer là dessus !

Mais à ce sujet et sur cette question, il faut se rappeler que les années 90 ont été fortement marquées par des renversements violents et forcés de régimes et de dirigeants politiques africains de l’époque. Il leur était reproché de se maintenir trop ou assez longuement au pouvoir. Les Constitutions africaines sont venues, à la faveur des conférences nationales, réguler et fixer des règles précisant les modes d’accession au pouvoir dont la durée a été également limitée dans le temps. Les coups d’états civils ou militaires et toutes les formes violentes et illégales de prise de pouvoir ont été bannis et leurs auteurs mis en quarantaine.

La limitation du mandat présidentiel est sans conteste apparue comme une notable et salutaire évolution politique et institutionnelle dans le continent.
Les alternances politiques n’ont d’ailleurs pas tardé à se produire au Bénin, au Sénégal, à Madagascar (du temps de Didier Ratsiraka), au Mali dans une certaine mesure, et plus récemment au Ghana.

Ceci a été fortement salué et encouragé par la communauté des démocrates.Ces premiers signes d’évolution démocratique et institutionnelle semblent ils révolus dans notre continent et dans la sous région ?

Sans doute oui au regard de signes inquiétants qui se profilent dans nos pays. En effet, les nouvelles pratiques qui ont actuellement cours dans nos pays visent à nier ce qui est jusque là apparu comme une évidence. Sous le couvert de faire « parler le peuple » en des circonstances qui n’en sont que alibi, l’on tente d’organiser à tout va, des pseudo révisions constitutionnelles, en réunissant tantôt les parlementaires acquis à la cause à « vendre », tantôt son « peuple », en organisant des référendums d’illusion, ou encore, en réunissant des commissions dites consultatives et non moins constitutionnelles, mais « téléguidées », dans le seul dessein d’assurer une certaine évolution non pas constitutionnelle ou institutionnelle, mais du régime et du clan de l’heure, incarné par le « chef ».

Ce faisant, les gens de pouvoir agissent déguisés, se souciant peu de la réelle volonté populaire qui devra s’effacer face à l’hégémonie exacerbant d’un Homme et de son clan, si ce n’est d’une dynastie. Accéder au pouvoir parait chose aisée dans notre continent, mais le quitter ne se fait que violemment, se termine par un renversement, une tuerie ou un emprisonnement.

Contre tout cela, le Président Mamadou TANDJA n’en a cure et exprime un mépris royal. Contre le point de vue des sages de la Cour Constitutionnelle qui lui ont indiqué qu’une révision constitutionnelle ne peut être entreprise au moyen d’un référendum, il répond par la dissolution du parlement. Démarche plus qu’incompréhensible quand on sait que ce parlement est à six mois de la fin d’une législature. C’est sans compter la volonté manifeste du Président TANDJA de semer le vent au Niger pour sans doute, récolter la tempête ! Son exemple n’est point un bon exemple !
La limitation du mandat présidentiel constitue un dispositif constitutionnel essentiel qui devrait être déclaré infranchissable dans nos pays. Sur un plan plus général, aucune volonté ne devrait et/ou ne saurait venir la remettre en cause pour quelque motif ou motivation que ce soit.
Ceux là qui se croient en mission et qui veulent coûte que coûte et vaille que vaille la terminer, même au prix d’un prolongement du terme de leur mandat n’ont qu’à se rappeler que :

Ils ne sont que des hommes par nature infaillibles et mortels ;
Les bambaras disent : « que l’on peut sans aucune difficulté se prendre pour le plus vaillant des fils de sa mère, mais jamais le plus vaillant des fils de toutes les mères du monde ».

Chaque individu, chaque homme, chaque dirigeant ne saurait durer plus longtemps qu’il ne lui faut dans la vie et au pouvoir, juste une question de temps.
A propos du temps, Raymond DEVOS disait fort justement que « pour passer du jour au lendemain, il faut toute une nuit ».

Prions que les gens de pouvoir dont Mamadou TANDJA ne soient inspirés par rien d’autre que la seule volonté du peuple, exprimée librement et dans le temps.

Par Thieny

Source : http://www.journaldumali.com/article.php?aid=84

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