Il pleut sur le jardin d’Eole. Une averse comme le Mali de Bako Dagnon
en connaît peu. Ce lundi 26 juillet, la pluie ne douche pourtant pas
l’enthousiasme des spectateurs venus écouter la chanteuse de Bamako.
Au contraire, lorsqu’après deux chansons et une interruption obligée,
la musicienne revient sur scène, la voix semble encore plus chaude et
les applaudissements du public redoublent d’intensité.
Pour le premier de ses cinq concerts dans le cadre du festival Paris
Quartier d’été, le public se laisse emporter par les rythmes du
djembé. Peu à peu, le parterre entier se met à danser. Certains
admirateurs grimpent sur scène pour embrasser la dame à la voix de
diva. Alors que son manager lui fait signe d’arrêter, Bako Dagnon
prolonge la fête avec trois morceaux. Le bus attendra.
Au Mali, pays de tradition orale, les griots sont des passeurs de
mémoire. Héritière de l’une des plus prestigieuses lignées du
griotisme mandingue, Bako Dagnon est une encyclopédie. Avec une
connaissance érudite de l’histoire des vingt-sept ethnies du pays et
des chansons ancestrales, l’artiste perpétue la tradition avec
panache. Beaucoup de musiciens maliens, à l’instar de Toumani Diabaté
ou Ali Farka Touré l’ont d’ailleurs consultés à plusieurs reprises,
afin d’apprendre des chansons ancestrales ou d’en éclairer le sens.
Mais la musique de Bako Dagnon n’est pas une simple récitation de ses
connaissances expertes. C’est avec sa voix puissante et agile qu’elle
séduit l’audience parisienne, qui ne saisit pas le sens mais ressent
l’authenticité de cette musique.
Malgré des prestations admirées, Bako Dagnon n’avait enregistré que
cinq cassettes au Mali. Il a fallu attendre 2007 pour écouter son
premier album, qui s’ouvre au rythme de la salsa. L’histoire rencontre
une modernité scrupuleusement choisie, la chanteuse n’empruntant des
voies nouvelles – album, scène internationale, arrangements de
François Bréant – que pour mieux transmettre une tradition ancestrale
: « Je ne veux pas le mélange qui ne colle pas à notre tradition et qui
en dénature le sens, le contenu et même les messages « ,
insiste-t-elle.
Celle qui se décrit avant tout comme une éducatrice affirme que « des
danseuses avec des pantalons jeans et autres ne sont pas des exemples
à suivre. Je demande aux jeunes artistes et griots de revenir à la
tradition, ça se vend plus et c’est rentable pour vous et pour le
pays », affirme-t-elle, dans un mélange d’intégrité et de pragmatisme.
Sorti en 2009, Sidiba, le deuxième album de la grande dame, confirme
qu’après quarante ans de carrière, l’ »Aretha Franklin de Bamako » prend
son envol sur la scène internationale.
Bako Dagnon, le 28 juillet à 19 heures, place des Muguets, Nanterre
(Hauts-de-Seine). Le 29 juillet à 18 heures, Jardin du Luxembourg
(Paris 6e). Le 30 juillet à 19 heures, parc de Belleville (Paris 20e).
Entrée libre.
Extrait de Sophie Walon de « Le Monde »
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